Que faire Docteur ? J’ai un soleil noir dans la tête ! Ma raison se désagrège, je ne sais pas comment faire pour arrêter la destruction. Peut-être un fusil-mitrailleur serait meilleur.
Sur une partition à une ligne une noire donne le ton.
Une herbe s’est acclimatée au milieu de la gare CFF de Lausanne, elle ne la pas choisi, une graine a poussé dans le chambard des trains au centre des croisements quotidiens pour des milliers de personnes, l’herbe n’est pas farouche. Moi aussi je n’ai pas choisi ce qui m’arrive mais je ne peux pas m’y adapter, il s’agit d’un traumatisme dont je dois guérir ! À l’image de cette herbe, je suis seul au milieu de la ville, de la vie. Tout passe autour de moi et je ne le vois pas, je ne le vois plus.
Maintenant il y a cette mouette, elle elle s’est posé au lieu le plus propice pour voir le large, son univers. Elle n’est pas coincée entre un quai de gare et le rail d’une voie de chemin de fer, mais elle n’est pas moins adaptée que mon herbe de la gare de Lausanne, elle vit sa vie de mouette. Et en l’état actuel de ma situation, je l’envie, j’aimerais bien aussi être à ma place en train de faire ce que j’ai à faire.
Puis y a ce moineau qui me regarde, il pense : - tu es gentil, mais je ne peux pas être ton ami, moi je vis dans les arbres, j’égaie l’air de mes gazouillis pour distraire des pensées lourdes ceux qui arrivent faire attention à m’écouter. Alors je l’ai laissé repartir, moi dans les pensées de mes émotions :
Cliquetis incompréhensibles de ma pensée tournant dans le courant du vent de la folie de l’humanité en proie à ses crises.
Soudain un train passe, emmenant dans ses entrailles les gens, eux sont là avec leurs aléas : il y a des personnes âgées avec la difficulté du poids des fardeaux des ans, d’autres à leurs angoisses du quotidien, y en a qui sont heureux, y en a des tristes, des autres à plaindre, à prendre leur défense et y a des prédateurs, les méchants.
Enfin ce train est passé, le quai est devenu désert. Où sont les femmes et les hommes de la société ? Que sont-ils en train de faire ? En tout cas il n’y en a point pour écouter ma détresse, pour donner de leur temps pour écouter mon histoire.
Alors moi je suis là, latent, j’attends que quelqu’un veuille bien me remettre de l’eau dans la tête pour y déposer une fleur.
Ce jour-là je serai comme cette oie-là, moi. Fier d’exister, pas peur de le montrer. Dans mon espace à moi faire ce que je dois.
Aujourd’hui, demain, le temps… l’espace, la réalité, la psyché, les rêves, le devenir, compagnons de la pensée, tous se superposent, se mélangent et deviennent flous à ma réflexion.
Comme un trop long temps pluvieux mon esprit s’ennuie, insatisfait. Sensations désagréables. Le vide, le trou, le néant la gueule où je m’engouffre, où la raison défaille. La raison ou le cœur ? Construction en négatif sans résultat, ravissant mon présent en une guerre perdue sans combat.
J’envie la vie avec ses oiseaux, ses nuages et ses branchages, ses amours et les rayons du soleil. Seul avec un horizon fou, constitué de volutes et de spirales, dans mon errance existentielle je me débats contre rien ou je me débats même pas, me laissant aller, porté par l’océan Perdu.
Soudain surgit de nulle part un géant me bouche le passage. Dois-je l’éviter ? Il est bien trop grand ! La route bordée d’herbe est barrée, je n’ai pas envie de m’enfuir de tous côtés, je regarde devant moi, je ne suis même pas dépité, juste découragé. Je sors mon mouchoir et j’essaye d’y mettre le géant, ça ne marche pas. Je dois rêver, tant pis.
Alors je tâche de construire un mur que je peins en blanc, c’en rassurant le blanc comme un lit propre qui attend et une infirmière qui sourit. Mais il y a ce géant trop haut pour mon mur, je regarde alors derrière et j’y vois l’horreur, ou je regarde plus loin encore et je vois la projection d’un film Super-8 dans le quelle à deux ans, je cours cul nu, un cheval pour jouet à la main. Mais que s’est-il passé entre deux ? Le temps qui s’est écoulé comme un flot de véhicules dans les deux sens sur l’autoroute. Folie tout ça, ça s’appelle la vie ?
Le Château, la Cathédrale et la bibliothèque, ancienne université
Lundi matin.
Sur le trottoir des restes de mémoires dus à un départ, le passant n’en saura pas l’histoire.
La fête est finie.
Alors je me barre,
je descends les escaliers.
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